Mercredi 21 janvier 2009 3 21 /01 /Jan /2009 17:58



Ce sont des notes prises sur le terrain. Sèches, sans style. Il y a même une certaine pauvreté par rapport à ce que l'on pouvait en attendre.

Peu de chose sur les populations traversées. Mais, on entrevoit beaucoup au fil des jours: les moyens d'une expédition avec toute sa caravane, les tensions qui la traversent, l'organisation de micro-royaumes villageois avec leur économie tantôt pauvre ou délabrée, tantôt inventive, la psychologie très variable de chaque chef africain. La peur-fascination qu'exerce le grand blanc anglo-saxon sur les populations est bien suggérée, la fierté de chacun aussi. La fin d'un monde ravagé par la traite des populations locales ,-conduite par les musulmans-, doit avoir une grande part de réalité, même si elle s'inscrit dans la militance du pasteur-explorateur.

Ce texte et ses compléments sont des documents, avec leur âpreté et leur véracite. L'odyssée de l'expédition avec la momie de Levingstone et tous les soins dont ses serviteurs fidèles l'entourent est ce qu'il y a de plus "romantique" et fort dans le livre, bien plus que la fameuse rencontre avec Stanley, médiatisée après coup. Notre pasteur se veut aussi savant qu'il est puritain. C'est un bonheur quand il se laisse allé à l'émotion devant la grâce des fleurs, des oiseaux et des jeunes femmes. Pour le reste, toujours strict, héroïque, boutonné jusqu'au menton. Un vrai héros de l'Empire de sa Majesté.

 Un beau rouage de la colonisation britannique diront les malveillants ?

En partie à tort, parce que Levingston est digne dans sa personne mais aussi chrétien dans son contact avec les gens qu'il rencontre. Ils les traite comme des égaux, mieux encore comme des individus, sans généralisation sur les ethnies. Il faudrait comparer avec d'autres documents, venus du monde colonial français, belge, hollandais. Le terme de raciste lui conviendrait mal, au moins à partir des extraits donnés ici, et pas seulement en raison de son dégoût profond et argumenté pour la traite. Ce savant voit les enjeux , les problèmes, même s'il n'est ni ethnographe ni humanitaire avant la lettre.

Dans toute leur âpreté, ces notes peuvent se lire avec la frénésie que les livres d'aventure donnaient aux  adolescents d'autrefois. Car le destin semble scellé d'avance. Levingstone poursuit un rêve fou, retrouver les "vraies" sources du Nil à partir des "Histoires" d'Hérodote. Il le sait et très tôt, il sait aussi qu'il n'en réchappera pas.
Tous les jours, il demande à Dieu de lui permettre d'aboutir, au sacrifice de sa vie. Le cauchemar que l'on entrevoit, avec la faim, la fatigue, la maladie au milieu des marais et des bras de fleuves, fournirait un superbe scénario de film d'aventure, pour un peu que le réalisateur ait la même pudeur que l'explorateur.
Comme le rapporte une très suggestive préface, des mois durant, D.L. erre et tourne en rond comme un forcené. C'est le destin d'une âme noble, totalement entêtée dans son objectif. Avec la virilité d'un homme mûr, tout l'idéalisme de l'adolescence !

On ne peut que souhaiter cette lecture à des adolescents, des militants et tous ceux qui aiment l'Afrique, s'ils ont le courage de se passer de clichés.

A.F.

Note. Une seule réserve. On ne comprend pas que l'éditeur n'ait pas songé que l'absence de cartes,- avec des noms de rivières ou de fleuves qui ont varié plus que leur cours et ces micro-royaumes inconnus, traversés en zigzag-, rendait ingrate la lecture, la compréhension même, de ce brulant et beau document.

Par antoine fournier - Communauté : Comme Shéhérazade...
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