Lundi 12 janvier 2009 1 12 /01 /Jan /2009 16:01
Liste de mes lectures de 2 008 en attente de vos questions, remarques ou commentaires.
Les miens viendront ensuite.

Hans Fallada, Seul à Berlin, Folio.

Charles Juliet, L'année de l'éveil, Pockett.

Georges Didi-Huberman, Devant le temps, Minuit.

Rainer Maria Rilke, Lettres à Lou Andréas-Salomé.

Rainer Maria Rilke, Notes sur la mélodie des choses, Allia.

Svetlana Alpers, Les vexations de l'art, Vélasquez et les autres, Gallimard.

François Julien, Traité de l'efficacité, Livre de poche biblio-essais.

Julien Gracq, Carnets du grand chemin, Corti.

Marc Dugain, La malédiction d'Edgar, Folio.

Germaine Tillion, La traversée du mal, Arléa.

Simon Shama, Les yeux de Rembrandt, Le Seuil.

Peter Sloterdjik, Règles pour le parc humain, Mille et une nuits.

Peter Sloterdjik, La domestication de l'Etre, Mille et une nuits.

Alain Bégout, La découverte du quotidien, Allia.

Jean Patocki, Manuscrit trouvé à Saragosse, Garnier-Flammarion.

Alberto Mangel,Une histoire de la lecture, Babel.

Longin, Du sublime, Rivage Poche.

Emmanuel Lévinas,  Le temps et l'autre, PUF.

David Levingstone, Dernier Journal,  Arléa.

Gerard Manley Hopkins, Le naufrage du Deutschland et autres poèmes, Orphée, La Différence....

sans compter ceux que j'ai oubliés.
Par antoine fournier - Communauté : Comme Shéhérazade...
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Jeudi 8 janvier 2009 4 08 /01 /Jan /2009 22:06

 

 

Une vision simple du nazisme ordinaire et de la résistance allemande sans espoir, pour la forme, pour l'honneur de rester un homme. Pas de bruits de bottes, d'uniformes devenus ridicules à force de ferrailler dans les films. Rien de tout cela. Seulement une bombe providentielle sur Berlin qui met fin au calvaire d'une vieile femme. Rien sur Stalingrad ni Auschwitz. Pas de sadisme torturant, pas de héros au moi torturé. Ni portier de nuit, ni damnés. Fascination degré zéro.
Le nazisme tel quel, au ras de l'histoire sans majuscule, tel qu'il persiste.

A cause de la simplicité des scènes populaires, de la schématisation distanciée, des refrains populaires et de ce monde de petits aigrefins, on pense à Brecht. Mais, c'est plus élémentaire, linéaire, de la litterature pauvre, universelle. Plus que de réalisme, on pourrait parler de beheavourisme, ou de roman phénoménologique, au quotidien. Le quotidien de la survie ou des conduites, y compris les pires, rendu sans complaisance morale ou psychologique. Ils n'y a pas d'idéologie, il n'y a que des hommes. Les salauds peuvent basculer aussi comme l'une des figures les mieux construites, le commissaire Esescheric, atteint du TOC ( trouble obsessionnel et compulsif) de la traque pour la traque, sans sadisme aucun !
Figure plus complexe que le résistant, Quanguel, radin, conformiste, mesquin, le plus minable de tous, chef d'atelier dans une usine de meubles transformée en fabrique de cercueils. Dure leçon. On pense, presque malgré soi, à "Une journée d'Ivan Denissovicht" de Soljénitsyne. Ce n'est pas pour rien. L'horreur du quotidien sans phrase donnée à voir. La volonté de survivre aussi.

Primo Levi appréciait ce roman. On comprend pourquoi. Un livre sur la banalité du mal, au sens où Hannah Arendt fut incomprise. La mise en scène permanente de l'horreur du siècle passé, les indélicatesses sur le génocide, la récupération politique de l'antifascisme par les belles âmes ont fini par brouiller les pistes. Faire oublier la dramatique simplicité des choix qu'ont du faire les contemporains, particulièrement s'ils étaient modestes et allemands. Rien ne nous est dit de la monstruosité de la Crise. Seul le résultat est montré sous tous les aspects: la réalité d'un état de fait nazi et la dure nécessité de survivre. Ce qui compte pour chacun, c'est de ne pas partir à la guerre, de manger, d'avoir du schnaps ou des cigarettes. Et c'est pour cela que l'on peut se damner. L'idéologie est absente. On s'invente une conduite, on compose, toujours inquiet,- même pour les SS-, de savoir jusqu'à quand ces ruses très calculées seront possibles. 

Le Nazisme est nu, sans perspective, aplati aux médiocrités qui assurent sa survie. Ce n'est pas un idéal, c'est  la bureaucratie tatillonne, le bon sens épais des gagnants du jour, le culte des formes, y compris juridiques, et de la propreté des apparences, la bonne conscience affirmée de personnages toujours dédoublés.C'est en ce sens que ce réalisme plat, souvent à la limite du mélodrame, opère. Un retour salutaire au ras de l'histoire.

 Achevé en 1947 dans la future RDA, on doute que ce roman privé de héros positif ait pu être un bréviaire pour la jeunesse socialiste: sa simplicité radicale, universelle, aurait du jeter une lumière crue sur tous les profiteurs, opportunistes des académies, hygiènistes, arrivistes des clubs de sport gonflés aux hormones, défenseurs stricts de la lettre du droit et autres sophistes du nouveau régime. Il suffisait de changer les emblêmes, le drapeau et le Parti. Les turpitudes étaient les mêmes.

A le lire aujourdhui, on est pris de frissons. La trame de l'histoire est une chose. Les fils qui s'y glissent, faits de nos vilennies et de nos petits courages, en sont une autre. Notre actualité est autre, les fils qui s'y jouent sont les mêmes. "Notre" Crise, comme on dit déjà, "notre" démocratie, "notre" île des droits de l'homme devraient être placée sous cette lumière crue de laboratoire.
Nos valeurs en prendraient un coup et pourraient ainsi être retrouvées.

Par antoine fournier - Communauté : Comme Shéhérazade...
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Jeudi 8 janvier 2009 4 08 /01 /Jan /2009 12:11
Un cri qui porte jusqu'à nous.

Le cri d'un révolté qui prend sa source dans l'enfance. Jules Vallès a projeté dans son enfance son choix définitif du Peuple, des humbles,son rejet de l'élitisme républicain. Comme par la nature la plus rustique, il est fasciné par les gens simples, bons vivants et forts qu'il idéalise. Sa façon à lui d'oublier et de comprendre les fessées maternelles.

La mère, terrible, bornée, pitoyable, fait la loi . Elle n'a pas d'autre choix. Tout se joue entre l'Ecole et l'Elève, la Mère et l'Enfant. L'Homme, un peu falot, est recalé dans sa rampante condition de père nourricier. La mécanique familiale, éducative, sociale broye chacun.  Le père est logé à la même enseigne que tous ses collègues des Collèges Royaux de Saint-Etienne ou de Nantes, pantins voués à être pédants, suffisants, veules. Seule issue , se révolter en démontrant les rouages de la machine. C'est ce que fait ce Grand Duduche, gaillard agité qui se rit de tout et s'entête à défier le destin comme pour l'honneur. On comprend mieux, à partir de cette noblesse de l'âme, désespérée mais active, comment la Commune a été un sursaut lumineux voué à l'échec: "Vivre libre ou mourir".

La plume du journaliste est ici emportée dans une prose haletante, fractionnée, mais qui cingle et va, comme la vie, aspirée par le pire.Des paragraphes d'une ou deux lignes, des images vives ou cocasses. Cela rend la lecture heurtée, haletante, difficile parfois.Il y a là du Rimbaud en prose, en fraude, en pose. Jules Vallès a attendu son lit de mort pour avouer : "J'ai beaucoup souffert". 

Pour moi, une surprenante découverte, une lecture longtemps refoulée par crainte d'y trouver les clichés estampillés du roman social, la rengaine à l'idéologie bien tempérée.

Ecoutez cette voix franche et emportée.
Par antoine fournier - Communauté : Comme Shéhérazade...
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