Mercredi 11 février 2009 3 11 /02 /Fév /2009 03:57


Au Cambodge, le passé vous tire par la manche.Breughel sous les tropiques.Victimes des boimbes, des musiciens improvisent de petits concerts, a l'ombre des grands chheuteals sur les chaussees qui menent aux temples.Environ 3OO morts par an.Sous votre nez, dans la poussiere des quais, bras tronques, jambes coupees au ras du genoux, Les plis des moignons, comme des bouts de saucisson sans ficelle.Evocation du cauchemar discret des survivants a la moindre conversation.

A Tuol Seng, musee sans emphase, chambres de torture, photos par centaines des toturés et, en regard, terrible, des visages sains, beaux, jeunes ceux des tres idéalistes combattants Khmers rouges.Plus laconiques encore, le texte des cinq principes de l'ínterrogatoire ou il est dit que la victime ne doit pas destabiliser.... le bourreau en mettant en cause son systeme et ce long poéme negatif ou toute vie est evacuee:<no dance, no copulation, no musique,no fornication....> etc sur trente lignes.

Puisque Dieu, Boudha et l'Óccident sont un peu silencieux, il faut lire le temoignage de l'ancien directeur de l'Institut de l''Extrême Orient, prisonnier dans la forêt du côte des temples de Battambang, (on y voit la caverne ou les corps etaient fracasses) bien avant la prise de Phnom Penh, en 1975. Il raconte sa curieuse relation avec son geôlier,- le terrible Douch, tortionnaire du S-21 -, et comment ce dernier lui laissa la vie sauve.Puis, la panique, les negociations, les drames et les dilemes a l''ambassade de France lors de la prise de Ph Penh en avril 1975. Le tout avec clarte et retenue.

On pense au livre d'Ánselme apres 1945, simple ecume a la surface de ce ue l on allait connaître comme un fleuve de sang. Ici, mes interlocuteurs parlent de <La guerre de 28 ans, 1970-1998 >, a son apogee avec <la guerre sanglante, 1975-1979.

Les manuels pourraient y faire une place




( Le Portail a ete edite a La Tble Ronde.
Que mes lecteurs excusent l'orthographe de ce texte de tres loin)



Par antoine fournier - Communauté : Comme Shéhérazade...
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Lundi 26 janvier 2009 1 26 /01 /Jan /2009 20:29



Mon commentaire peut être injuste, tiré d'une mémoire de lecture. Je n'ai pas le texte sous la main. 

Lou, dans ces lettres, apparaît lointaine, absente, sans doute dans sa bulle narcissique ou psychanalytique. Rilke, comme un sdf de luxe attend un retour, comme un enfant peut-être, air connu. Comme un homme, un poéte.C'est évident de son point de vue, radical. Il apparaît, justement face à celle qu'il aime et idéalise, d'une sincérité nue.

Lou lui a fait don de son prénom, Rainer, lui a donné ce qu'elle avait refusé à Rée et Nietzsche, lui a conseilé la poésie, et déconseillé l'analyse . Elle l'aime et le fuit. Elle fait tout bien, Lou. Ailleurs, elle vante la nécessité des masques pour les esprits profonds. Rilke, le double du Prince Muychkine, un peu Kafka, ici très Charlot, est  perdu dans tout ça.Sans doute a-t-il été son seul amour. Elle se dérobe. Il l'aime, la distance redouble le désir. Le très subtil Deleuze, dans un texte ou un cours de Vincennes, dit que le masochisme, c'est l'attente, le désir perpétué en somme. Tout cela est très loin des images porno, avec fouet et autres rigolades, vides, et même des piètres illustrations de Bruno Schultz, qui n'est génial que dans "Les boutiques de la cannelle". 

On frémit à l'idée de ce que serait un homme aussi désarmé aujoud'hui. Sans mécène à Muzot, sans l'hospitalité de la Princesse Thurn und Taxis. Un parasite sans doute. A la rue, aujourd'hui.  Il faut lire en regard les Elégies de Duino, pour savoir ce que la poésie coûte. Les aveux de ces lettres sont terribles, les pires là où Rilke, avec une sincérité scandaleuse, avoue son incapacité à assurer quelque sécurité que ce soit à Clara, son épouse et à sa fille Ruth. C'est la grand écart. Celui que Rimbaud a fuit en Abyssinie.

Par antoine fournier - Communauté : Comme Shéhérazade...
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Samedi 24 janvier 2009 6 24 /01 /Jan /2009 19:11

Une superbe voix venue d'en-bas. Du nu. Du cru. Rare.

Rien à voir avec la littérature populaire. Les écrits de ceux qui, venus d'en-bas, s'y cantonnent, brillants boursiers, arrivés malins. Les écrits de ceux, venus d'en-haut, qui s'encanaillent, en remettent sans cesse, à la nausée. Et tous en font leurs choux gras.

Une exigence janséniste, masochiste, non calculée, qui vient du vécu comme on dit, de la vie même, des échardes le long du chemin. Les enfants de troupe dans les années cinquante, c'était tout autre chose que ce à quoi sont exposés nos chers enfants, les têtes blondes. Cela sonne d'un son rare dans la langue française, les moeurs littéraires à la française.

Texte net, propre, simple, fort comme une dictée. Rien de la phrase courte comme l'art  journalistique du bien écrire aujourd'hui. Une patience d'écolier qui doute, retourne ses mains crevassées d'engelures ou tâchées d'encre autour du porte-plume, penché sur sa feuille à carreaux. Miracle improbable qu'il ait été publié dans nos moeurs sophistiquées à vue courte. Seuls rient sous cape les beaufs et les nantis.

On s'étonne, puis on comprend qu'il ait rencontré Beckett ou Bram van Velde. Venu du pôle opposé, d'une réalité de blessures exactes, de joies bien situées. Puis on comprend un peu. C'est miracle, force d'écrivain, que cet homme n'ait pas fait du Zola ! C'est sûr, ce n'est pas là gibier de Nobel.

Cette voix blanche, noir sur blanc, on souhaite que, demain encore, on l'écoute.
Le livre refermé, on a envie de serrez la main de l'auteur. "Merci, Monsieur". Pas Zola. Courbet, peut-être... Et qu'importe après tout.

Belle lecture tout public, femme ou homme.

Par antoine fournier - Communauté : Comme Shéhérazade...
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Jeudi 22 janvier 2009 4 22 /01 /Jan /2009 11:59

L'amour se juge dans l'instant à son choc, puis à l'écho qu'il laisse dans le temps.
C'est la loi que je trouve à mes relations avec des belles, des très belles dont je sais de longtemps que l'écriture est soudée à la vie. Toujours leur vie s'accorde avec la lettre, la haute intelligence avec le souffle, leur courage avec leur folie.

Elles ont noms Virginia Woolf, Hannah Arendt, Marina Tsvetaeva, ou Lou Andréas Salomé, amante et soeur, muse proche et distante de Rilke. La Fiction, la Pensée, la belle affaire.... D'homme ? L'air de rien, elles y ont réussi, sans emphase, avec une autre voix. Et c'est cette voix qui importe. Sans être d'humeur à théoriser, j'ai envie de dire: Des hommes ,- Flaubert en avait l'exacte conscience-, peuvent construire une "oeuvre" comme on dit, en objet à côté de leur vie. Pas ces femmes-là ou pas seulement.

D'autres que j'aime dans leur folie. Il y a fort à parier que le Journal de Catherine Pozzi, ravagée de science, d'intelligence, d'orgueil-, soit lu encore dans cent ans, quand tant de romans parus de son vivant seront enterrés. Les" Lettres d'Afrique" de Karen Blixen vous tiennent en haleine tout autant que "La ferme africaine". Féérique, fantasque, délicieuse Karen aux poignets de fermière kényane. Ce que Katherine Mansfield sait d'elle depuis l'adolescence, c'est son snobisme capricieux de fille de riche mais aussi son oeil imparable d'observatrice, un oeil de peintre. Simone Weil et Marie Lenéru ont des styles différents, l'un travaillé par la rhétorique de l'Ecole, l'autre limpide comme d'un moraliste du XVII° s., mais leur vie et leurs écrits brulent de la même fièvre, de l'une comme de l'autre.

Deux évocations pour finir cette petite ouverture. L'une est presque personnelle. Au printemps dernier, ont été lus des textes de Germaine Tillion, lors de la messe de ses funérailles. Elle a frôlé les cent ans, mais les textes lus, anciens parfois de plusieurs décennies, avaient une simplicté toute fraîche, tenace et  ainsi portaient loin devant nous. L'autre impression me vient de la fin des Mémoires de la délicieuse Margarete Buber-Neumann, qui a traversé les camps de Staline puis de Hitler et en parle avec une simplicité sidérante. Je l'imagine souvent pédalant dans la campagne allemande, en 1945, jeune et joyeuse comme jamais depuis longtemps.

Presque toutes ces voix sont éprises de vérité. Elles rejoignent celles, uniques, de Sapho, d'Emily Brontë, de Mme de Lafayette. Elles disent la noblesse de l'écrit, même lorsqu'elles s'aventurent hors de la fiction.

A.F. 

Notes pour le lestage.

1- N'entrons pas dans la querelle élyséenne sur l'intérêt de la lecture de Mme de Lafayette. Dérisoire, mais symptomatique.

2- Lectures en regard:

- Catherine Pozzi, "Journal 1913-1934", édition établie par Claire Paulhan, Phébus/libretto. Je rappelle que cette grande dame a été mariée avec le dramaturge Edouard Bourdet. Leur fils est le résistant Claude Bourdet, fondateur de "L'observateur", qui a précédé le "Nouvel Obs'". Elle vécut aussi un amour infernal avec Paul Valéry,
alias Mr Teste.

- De Karen Blixen, surtout , en Folio, "Le diner de Babette" et "Lettres d'Afrique, 1914-1931".

- Tout ce qu'a écrit Katherine Mansfield, avec une attention particulère pour la belle traduction de Françoise Pellan, pour Folio, de "La garden party et autres nouvelles", mais aussi les "Lettres", "Le Journal". Lire aussi "Brêve vie de K.M.", de l'excellent Pietro Citati. En faisant mes vérifications, je découvre qu'il est comme moi admirateur de ces divines et d'autres encore. Je vais donc le lire. Il cite même Simone Weil et bien sûr Thérèse d'Avila. Logique. Pour la démonstration, voir le travail, en cours d'exposition, d'Ernest Pignon-Ernest.

3- J'espère critiques et commentaires pour avancer.


 Je n'ai pas su intégrer Evguénia Guinzburg (" Le vertige", "Le ciel de la Kolyma"), ni Nadejda Mandelstam. Je pense avec l'émotion qu'elles exigent à Carson Mac Cullers et Anaïs Nin, l'une coeur solitaire à l'affût, l'autre renarde gracile et sensuelle, soeur des hommes. Ils m'arrive souvent de penser à chacune et, à travers leurs mots, d'interroger : comment vivraient-elles aujourd'hui ? Seraient-elles  décues ou plus libres, au tour que prennent les relations entre les hommes et les femmes. ? Vivraient-elles une vie plus pleine en se privant d'écrire ?
Par antoine fournier - Communauté : Comme Shéhérazade...
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Mercredi 21 janvier 2009 3 21 /01 /Jan /2009 17:58



Ce sont des notes prises sur le terrain. Sèches, sans style. Il y a même une certaine pauvreté par rapport à ce que l'on pouvait en attendre.

Peu de chose sur les populations traversées. Mais, on entrevoit beaucoup au fil des jours: les moyens d'une expédition avec toute sa caravane, les tensions qui la traversent, l'organisation de micro-royaumes villageois avec leur économie tantôt pauvre ou délabrée, tantôt inventive, la psychologie très variable de chaque chef africain. La peur-fascination qu'exerce le grand blanc anglo-saxon sur les populations est bien suggérée, la fierté de chacun aussi. La fin d'un monde ravagé par la traite des populations locales ,-conduite par les musulmans-, doit avoir une grande part de réalité, même si elle s'inscrit dans la militance du pasteur-explorateur.

Ce texte et ses compléments sont des documents, avec leur âpreté et leur véracite. L'odyssée de l'expédition avec la momie de Levingstone et tous les soins dont ses serviteurs fidèles l'entourent est ce qu'il y a de plus "romantique" et fort dans le livre, bien plus que la fameuse rencontre avec Stanley, médiatisée après coup. Notre pasteur se veut aussi savant qu'il est puritain. C'est un bonheur quand il se laisse allé à l'émotion devant la grâce des fleurs, des oiseaux et des jeunes femmes. Pour le reste, toujours strict, héroïque, boutonné jusqu'au menton. Un vrai héros de l'Empire de sa Majesté.

 Un beau rouage de la colonisation britannique diront les malveillants ?

En partie à tort, parce que Levingston est digne dans sa personne mais aussi chrétien dans son contact avec les gens qu'il rencontre. Ils les traite comme des égaux, mieux encore comme des individus, sans généralisation sur les ethnies. Il faudrait comparer avec d'autres documents, venus du monde colonial français, belge, hollandais. Le terme de raciste lui conviendrait mal, au moins à partir des extraits donnés ici, et pas seulement en raison de son dégoût profond et argumenté pour la traite. Ce savant voit les enjeux , les problèmes, même s'il n'est ni ethnographe ni humanitaire avant la lettre.

Dans toute leur âpreté, ces notes peuvent se lire avec la frénésie que les livres d'aventure donnaient aux  adolescents d'autrefois. Car le destin semble scellé d'avance. Levingstone poursuit un rêve fou, retrouver les "vraies" sources du Nil à partir des "Histoires" d'Hérodote. Il le sait et très tôt, il sait aussi qu'il n'en réchappera pas.
Tous les jours, il demande à Dieu de lui permettre d'aboutir, au sacrifice de sa vie. Le cauchemar que l'on entrevoit, avec la faim, la fatigue, la maladie au milieu des marais et des bras de fleuves, fournirait un superbe scénario de film d'aventure, pour un peu que le réalisateur ait la même pudeur que l'explorateur.
Comme le rapporte une très suggestive préface, des mois durant, D.L. erre et tourne en rond comme un forcené. C'est le destin d'une âme noble, totalement entêtée dans son objectif. Avec la virilité d'un homme mûr, tout l'idéalisme de l'adolescence !

On ne peut que souhaiter cette lecture à des adolescents, des militants et tous ceux qui aiment l'Afrique, s'ils ont le courage de se passer de clichés.

A.F.

Note. Une seule réserve. On ne comprend pas que l'éditeur n'ait pas songé que l'absence de cartes,- avec des noms de rivières ou de fleuves qui ont varié plus que leur cours et ces micro-royaumes inconnus, traversés en zigzag-, rendait ingrate la lecture, la compréhension même, de ce brulant et beau document.

Par antoine fournier - Communauté : Comme Shéhérazade...
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